Le vert est-il tendance ?

« Dans l’œil de Deidamia » : entrez dans l’univers passionnant des couleurs avec Deidamia Pelé, directrice artistique avec qui j’ai le plaisir de collaborer sur de nombreux projets. Pour commencer, elle a choisi le VERT et toute sa palette de nuances. Le vert est-il tendance ? That is the question. Très documenté, cet article puise dans diverses sources que vous retrouvez en bas de l’article. Et maintenant, tous au vert !

Illustration couverture extraite de l’album « Si j’étais une planète » – © Deidamia Pelé

L’appel du vert

Comment ne pas être vert de rage face à la destruction de notre environnement, cet environnement qui nous offre sa beauté, sa richesse, et nourrit les aspects essentiels à notre survie physique et mentale ? Quelques centaines de personnes choisissent aujourd’hui, sans même avoir la main verte, de se mettre au vert. Elles organisent, investissent et créent de nouveaux lieux où la résilience les affranchit de la société de consommation, tandis que certaines entreprises verdissent leur image en recourant au « green washing« , dans le but repentant mais marketé “bonne conduite” de montrer leur implication écologique et responsable auprès de l’opinion publique.

Actualités, peurs et espoirs se colorent de vert. Le vert est la couleur référante du bio, des produits sains, du bien-être, du retour à la nature, même dans les rayons des supermarchés. 

L’occasion de faire un tour d’horizon sur cette couleur actuelle, quoi qu’en dise la marque Pantone® qui a élu “Living Coral” comme la couleur 2019 (j’ai rien contre, le corail a effectivement tendance à mourir. La moindre des choses n’est-elle pas de lui dédier une référence ?).

Les couleurs du vert

Mais tout d’abord, aimez-vous le vert ? Oui… non… pas du tout… ça dépend ? Certes, on peut aimer le vert du pull tricoté par mamie, sans imaginer repeindre les murs de son salon ou de sa chambre à coucher en vert. On peut aimer certains verts, mais pas d’autres. Sa palette est tellement riche ! Du vert tendre et éclatant d’une jeune pousse au vert kaki alliant une touche de rouge (sa complémentaire), ses nuances empruntent, variant du clair au foncé, essentiellement à la nature, il est vrai – d’autant que les plantes, comme chacun le sait, doivent leur coloration verte au pigment de la chlorophylle, essentielle au processus de photosynthèse, et considérée comme l’élément-clé inducteur de vie sur terre.

  • Du végétal, le vert est amande, menthe, pistache, olive, épinard, mélèze, prairie, sauge, pomme, émeraude, anis, avocat, lichen, sapin, printemps, tilleuil, etc.
  • Du minéral le vert est jade, céladon (céramique), émeraude, malachite, chrome, vert de gris (corrosion du cuivre).
  • Ces palettes de vert se sont enrichies du vert perroquet, du vert anglais, du vert bouteille, en passant par le vert d’eau (minérale !) 

 

Le vert s’est aussi fait une place dans l’histoire de l’art. Il fût question sous le premier empire de remplacer le drapeau tricolore adopté à la révolution française par un drapeau impérial vert, couleur alors utilisée en décoration ou en mode, sous le nom vert empire ou vert impérial. (1) 

Sans oublier la brillance et la puissance du vert véronèse, dont le pigment a été inventé au XVIIIe siècle, deux siècles après la mort du peintre Paul Véronèse. Le nom commercial, quant à lui, date du XIXe siècle et « visait à indiquer la possibilité de reproduire les couleurs vives admirées chez cet artiste fameux : « ce vert glauque et prasin, vert idéal et fabuleux, où l’outremer domine et que les peintres appellent vert Véronèse.» (2)

Si vous êtes à Paris, ne manquez pas d’aller au Louvre contempler Les noces de Cana de Paul Véronèse (illustration ci-dessous) en compagnie de la Joconde.

Quelle que soit sa teinte, le vert reste du vert, son appellation n’est jamais altérée. Ajoutez du blanc à du rouge, vous obtiendrez du rose. Ajoutez du blanc à du vert, vous obtiendrez du vert clair. 

Saviez-vous que “glauque” dont le qualificatif a revêtu avec le temps une connotation péjorative, signifie “vert pâle” ? Glauque, du grec γλαυκός [glaukos] (« vert pâle ») par l’intermédiaire du latin glaucus, désigne une couleur claire qui fait partie du champ chromatique des verts grisés. “La mer nous regardait de son œil tendre et glauque.” Guillaume Apollinaire (3)

Entre symboles et chimie, l’étonnante nature du vert.

 

petit bleu petit jaune

A l’age de la maternelle, on apprend aux enfants que pour obtenir du vert, il faut mélanger du bleu et du jaune. Ce qui est exact, on l’a tous testé. Dans ce contexte éducatif je recommande aux jeunes parents le livre de Leo Lionni “Petit-Bleu et Petit-Jaune” (ed. L’Ecole des Loisirs).

En réalité, cette technique d’obtention du “vert” remonterait au XVIIIe siècle. Auparavant, la couleur était obtenue grâce à la plupart des éléments cités à partir de fleurs, feuilles, racines, écorces (pour les colorants verts) ou grâce à des pigments dont la plupart contenaient du cuivre (carbonate, résinate, oxyde). 

Le vert était alors une couleur à part entière ! 

Mais le pigment vert était chimiquement instable, de couleur changeante, difficile à stabiliser, et se délavait. 

Pour l’historien Michel Pastoureau (Le Vert, Histoire d’une couleur – Ed. Seuil), cela expliquerait pourquoi on associe la couleur verte à tout ce qui ne dure pas : l’enfance, l’amour, la chance, la fortune, le hasard, le jeu… (4) 

Serait-ce un hasard que ces notions de chance, d’espérance, de destin, et d’enjeu tapissent de vert les tables des casinos ? 

En teinture, les colorants verts tiennent mal aux fibres et se délavent rapidement. En peinture, les matières végétales (aulne, bouleau, poireau ou même épinard) s’usent à la lumière. Et les matières artificielles (par exemple le vert-de-gris), bien que donnant de beaux tons intenses et lumineux, sont corrosives.

La teinture verte étant très difficile à obtenir, les vêtements au théâtre étaient peints. Mais le vert obtenu par l’oxydation de lamelles de cuivre avec du vinaigre, du citron ou de l’urine, était un mélange corrosif et toxique, et un poison violent ! (5) 

Ce qui a valu au vert sa mauvaise réputation. On le comprend ! Même si la mort de Molière ne serait finalement pas due à cette couleur.

C’est en hommage à cette mauvaise réputation que je dois mes débuts de graphiste au théâtre. Ma première grande mission m’a été confiée par René Loyon alors qu’il venait d’être mandaté pour 3 ans à la direction du Centre Dramatique National de Franche-Comté (à Besançon). Un vent de nouveauté devait souffler sur les abords du Doubs avec un peu de provocation dans le choix de la couleur que revêtirait alors l’image de cet espace théâtral. Aux antipodes du rouge velours auquel les codes nous ont habitué, la couleur choisie fût la couleur honnie des planches, le vert.

Molière portant du vert sur scène

Molière portait du vert sur scène le jour de sa mort… La gravure provient du « Plutarque Français » de Mennechet (1837) © Getty Images

Depuis, d’autres lieux ont arboré le vert dans leur communication. Le vert semble s’être enfin libéré de la superstition qui avait pris naissance au théâtre.

S’il n’est désormais plus toxique, le vert a toutefois perdu son rang pour être rangé dans la catégorie des couleurs secondaires.

C’est vert, respirez !

 

Étymologie / De l’ancien français vert, du latin vĭrĭdis « vert, verdoyant ; au fig : frais, vigoureux ».

S’il est issu de la fusion du jaune et du bleu, symboliquement, il se situe entre le bleu et le rouge. Entre le ciel et les enfers, le vert représente donc la terre. C’est aussi la couleur qui rassure après le passage de l’hiver, à l’arrivée du printemps, et donc au recommencement d’un cycle. (6)

Le vert est considéré comme une couleur médiane, non violente, paisible, aux vertus apaisantes. Le vert serait rassurant par sa position dans le cercle chromatique. Le vert vif, pur, serait reposant pour les yeux.

Les effets de la nature sur notre santé et notre bien-être connaissent aujourd’hui un essor. Les études le prouvent.

« Le professeur Qing Li, médecin immunologiste à l’université de Tokyo, lance en 2005 sa première étude au sujet de l’impact des arbres sur le système immunitaire et devient l’un des pionniers du Shinrin yoku. Les Japonais appellent Shinrin-yoku (littéralement « bain de forêt ») la pratique qui consiste à passer du temps en forêt pour prendre soin de sa santé. Le professeur Li attribue ces bénéfices immunitaires aux molécules aromatiques volatiles émises par les arbres pour se préserver des infections bactériennes, des insectes ou des champignons : les phytoncides. D’autres études démontreront les effets bénéfiques de la nature, sur la dépression notamment. » (7) – (Pourquoi la nature nous soigne… et nous rend plus heureux – Natura de Pascale d’Erm)

On peut désormais affirmer que la nature a un effet de rééquilibrage sur notre santé globale.

 

Communication verte

Aujourd’hui couleur de l’espérance, le vert est porteur de chance. Il invite au calme et au repos. Il est symbole de croissance, de santé, de fraîcheur et de nature. Il représente la stabilité et l’équilibre. L’association du vert et de la nature en communication visuelle est assez récente.

« Curieusement, sa classification a suscité une autre symbolique du vert : celui-ci étant considéré comme le «complémentaire» du rouge, couleur de l’interdit, il est devenu son contraire, la couleur de la permissivité. Cette idée s’est imposée à partir des années 1800, quand on a inventé une signalétique internationale pour les bateaux, puis a été reprise plus tard pour les trains et les voitures. Aujourd’hui, notre société urbaine en quête de chlorophylle en a fait un symbole de liberté, de jeunesse, de santé. » 

 

La belle verte de Coline SerreauSous la forme d’un conte philosophique, le film de Coline Serreau La Belle Verte (1996) aborde les thèmes aussi divers que l’anticonformisme, l’écologisme, la décroissance, le féminisme, l’humanisme, le pacifisme, les valeurs sociales ou encore le rejet des technologies nuisibles, par le biais de dialogues ou de situations humoristiques. Les références à la spiritualité New Age sont très appuyées (télépathie, magnétisme, venue sur terre pour aider les humains à s’élever et parler vrai, philosophie de la nature, etc.).(8) 

Le parti politique Les Verts est le seul parti contemporain dont le nom est issu d’une couleur

« Cette identité remarquable est explorée dans deux directions, d’une part sémiologique, d’autre part onomastique. Nous cherchons d’abord à savoir, à travers l’étude de logos de partis politiques contemporains, si le vert, « nouveau venu » au sein des couleurs politiques françaises historiques que sont le bleu, le rouge et le blanc, est réservé aux écologistes. Il sera ensuite question de suivre l’histoire récente des noms de formations écologistes. L’apparition du mot vert, en 1984, joue le rôle d’un pivot autour duquel s’organisent les noms des autres partis. Le récent baptême d’Europe Écologie Les Verts (EELV) permet l’observation du fonctionnement et des enjeux de cette symbolique identitaire. » (9)

En communication, le vert est fréquemment utilisé pour représenter :

  • les domaines reliés à la nature et au plein air
  • l’environnement et l’écologie
  • les thérapies alternatives
  • l’alimentation bio 
  • les produits de nettoyage 

 

Le vert va avec tout !

Promenez-vous sur les tapis verts (pas ceux des casinos), dans un parc ou dans un jardin, ou dans une prairie l’été. Quelles que soient les couleurs que les jardiniers ou la nature sauvage y font pousser, le vert s’harmonise toujours. C’est même un exhausteur de couleurs. Les feuillages d’ornement donneront toujours plus d’allure à vos bouquets.

Si le noir va avec tout, le vert n’a rien à lui envier.

Il existe encore d’autres appellations et de sujets verts que je n’ai pas abordé dans cet article. 

Quel est votre vert préféré ? Que raconte t-il de vous ?

Et si nous voyions la vie en vert ?

Plantation éphémère Journées biodiversiterre juin 2019

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