Écueils et vertus de l’authenticité

authenticite par anne josse

L’authenticité, y’a que ça de vrai ! Nous sommes de plus en plus nombreux à en avoir ras le bol de voir des femmes toujours parfaites sur des photos toujours retouchées, des images Instagram toujours filtrées, des invitations à être toujours plus beau, plus heureux, plus performant. En quête de vrai, de naturel, de simplicité, les hommes ont commencé à faire pousser leur barbe, les femmes à ne plus s’épiler les aisselles et les influenceurs à moins scénariser leurs prises de parole. La chasse au « Fake » est ouverte. L’heure de la vérité aurait-elle sonné ? A moins que tout cela ne soit qu’un leurre…

 

crédit photo Ludomił sur Unsplash

L’authenticité est à la mode

Une nouvelle destination de voyage fait fureur : le pays de l’authenticité. Un pays habité par la vérité, le naturel, les vrais gens, les vrais relations, les vrais repas. Un pays fait de traditions, de matériaux bruts, d’aliments sains, de bio, de plantes vertes, d’animaux sauvages. Un pays où l’on se met à nu tel que l’on est, sans maquillage. Un pays où il fait bon vivre. Un pays où l’on se sent libre.

A l’opposé de ce pays, il est un territoire qui nous inspire dégoût et méfiance. On désigne du doigt tous ceux qui s’y aventurent en prononçant son nom : FAKE. Là-bas, tout est faux, dénaturé : les news, les mots, les visages, les promesses, les modes de vie. L’escroquerie et le mensonge y sont légion, servant l’intérêt de personnes malhonnêtes, dépourvues de toute valeur.

Entre ces deux destinations, forcément, on préfère montrer sur nos albums de vie, les paysages de l’authenticité. Même si, sans l’avouer, nous empruntons parfois les chemins du Fake pour tous les possibles qu’ils nous font entrevoir. Un petit mensonge, une vérité grossie, un défaut déguisé et c’est l’assurance d’un rendez-vous professionnel, d’un casting réussi, d’une nouvelle mission, d’une nouvelle histoire d’amour ! Notre marginalité, notre différence peut faire peur : vive la normalisation ! Poussée à l’extrême, cette normalisation rime avec contrefaçon. C’est elle qui conduit la majorité des femmes coréennes à recourir à la chirurgie esthétique. Condamnées à être belles, c’est moche.

 

Miss Corée 2013

Miss Corée 2013 : toutes passées au bistouri, les femmes coréennes brillent par leur similitude. Source : Huffpost Le Monde.

Se faisant le porte-parole de l’authenticité, nous ne sommes pas à l’abri d’un faux pas…

Les 8 écueils de l’authenticité

La liste n’est pas exhaustive, mais voici les principaux dangers auxquels peut s’exposer le chercheur inconditionnel d’authenticité :

  1. Penser que l’authenticité se niche dans le passé : « vintage spirit » oblige
  2. Tout livrer, sans retenue, sous prétexte qu’être authentique c’est dire sa vérité : « social media effect »
  3. Dénoncer le manque d’authenticité d’un propos, d’une personne, sans vérification ni légitimité à le faire : gare au lynchage
  4. Réserver l’authenticité à sa vie privée : dans le boulot, mentir (un peu), serait une question de survie
  5. Penser que toute démarche commerciale, de vente, n’est pas compatible avec l’authenticité : je vends donc je mens !
  6. Réserver l’authenticité à un label, une promesse : sans l’incarner ni la vivre
  7. Standardiser l’authenticité : l’authenticité aurait un visage, un packaging
  8. Vouloir faire authentique…quitte à renoncer à son authenticité
visuels d'une campagne emailing de Lidl

(visuel d’une campagne emailing de la marque Lidl)

L’authenticité déguisée

Dans son livre No Fake, contre-histoire de notre quête d’authenticité (Arkhê, 2019), Jean-Laurent Cassely nous brosse un portrait des Hipsters :

« Dans la recherche d’authenticité et de goût populaire, dans la parodie des styles, on sent une manière de rechercher quelque chose dont ils sont dépourvus, en touristes de leur propre culture. »

Hispster : l'authenticité au masculin ?

Hispster : l’authenticité au masculin ? crédit photo Jakob Owens (Unsplash)

L’auteur, journaliste chroniqueur pour SLATE connait bien les modes de vie des classes urbaines supérieures. Dans son livre, il s’amuse sans jamais tomber dans le cynisme, de cette frénésie d’authenticité qui agite la communauté des « bobos ». Il y voit l’expression d’une sincère nostalgie d’une époque où l’on commandait du boeuf bourguignon, et de vin rouge à midi. Où l’on s’attardait au bistrot pour parler avec des vrais gens. Car l’authenticité est aussi associée au populaire.

L’authenticité est à la mode et constitue un véritable marché. Il se traduit dans notre quotidien par la recherche de lieux préservés du tourisme, de repas « faits maison », de mannequins aux physiques non standardisés, d’objets déco anciens, de maisons avec une âme et de magasins aux allures de friperies. Et tant pis si pour avoir l’air authentique on triche un peu en reproduisant des designs aux originaux devenus inabordables.

Car oui, l’authenticité a un prix. L’original, le vrai n’est pas accessible à tous. Du moins lorsqu’il s’applique aux aspects matériels de notre vie. Car il est une autre forme d’authenticité accessible à tous. Celle qui s’applique à soi-même…

 

L’authenticité appliquée à soi même

 

Aurélie Aspert, psychologue clinicienne et formatrice, nous propose sa conception de l’authenticité : être en accord avec soi-même, avec son essence. Cette essence nous guide et nous indique ce qui est vraiment bon pour nous. Renouer avec son authenticité consisterait donc à chercher notre position essentielle.  Celle qui permet d’aligner notre mental, notre corps et nos émotions. Il va sans dire, cette authenticité nous est propre. Ici, pas question de modèle, de mode, de format. A chacun de faire alliance avec son essence pour accéder à sa propre authenticité.

 

« Si c’est notre partie intuitive et créatrice (l’Essence : qui SAIT et nous dirige au bon endroit, au bon moment avec les bonnes personnes) qui guide nos pensées, nous récupérons de la force et du bien-être intérieur et extérieur. »

Aurélie Aspert /extrait d’ article 

 

Lidia Yuknavitch fait partie de ces personnes qui sont parfaitement alignées avec leur essence. Sa conférence TED intitulée « La beauté de la marginalité« , est en soi une belle leçon d’authenticité. On la voit apparaître sur scène dans une robe à fleurs rouges, Doc Martens aux pieds. Son témoignage sur sa vie privée bouleverse car elle nous livre des émotions sincères sans tomber dans le pathos. Lidia Yuknavitch incarne l’idée que nous pourrions nous faire de l’authenticité.

L’authenticité appliquée à soi-même dépasse toute notion sociale, de genre, d’âge, de culture. Elle ne s’achète pas. Elle ne se déclare pas. Elle est. C’est toute la différence entre l’authenticité affichée et l’authenticité incarnée. Alors, seulement, nous pouvons apprécier toutes ses vertus.

Dans sa Newsletter de juillet, Pascal Greboval, rédacteur en chef du magazine Kaizen nous invite, non sans humour, à nous mettre à nu :

« Je crains que les changements les plus importants à faire soient d’abord dans nos têtes, et le meilleur moyen pour y parvenir est peut-être d’être cul nu ! Se mettre à nu, c’est chercher une forme de sincérité. Et en ces périodes de crises environnementales et sociales, la sincérité est une valeur à ne pas négliger. Bref, effeuillons nos corps, pour mieux effeuiller nos cœurs. Un effeuillage préalable de notre magazine peut être un bon moyen de mettre le pied à l’étrier.

Simone de Beauvoir quant-à elle, résume en quelques mots ce lien indéfectible entre authenticité, sens et action.

l’authenticité selon Simone de Beauvoir

Les 7 vertus de l’authenticité

Voici, selon moi, les 8 effets positifs de l’authenticité, sur soi et sur les autres :

  1. Gagner du temps : en ne gaspillant pas son énergie à vouloir être ce que l’on n’est pas et faire ce que l’on ne sait pas faire
  2. Inspirer la confiance : de nos proches, de nos clients, de nos partenaires
  3. Ne pas décevoir : par des promesses non tenues, des actions non réalisées
  4. Laisser la place à l’autre : dans la complémentarité des qualités et des compétences qui nous manquent
  5. Se sentir bien : en accord avec ses valeurs, ses choix, son essence
  6. Attirer les bonnes personnes : des amis, un réseau bienveillant
  7. Mieux vivre l’échec : car il ne sera pas consécutif d’une déviance de nos valeurs.

 

L’authenticité au travail

D’un point de vue professionnel, le choix de l’authenticité prend plusieurs visages :

  • nos valeurs (ajoutées, comme le souligne Souriez Vous Managez)
  • nos choix (de nos alliances, de nos projets, de nos équipes, de nos clients)
  • notre Mission
  • l’acceptation de nos qualités et de nos compétences
  • l’acception, aussi, de nos défauts et de notre manque de compétence
  • la vérité sur notre parcours et notre Curriculum Vitae

Il se pourrait alors que nous réussissions – que nous soyons salariés, entrepreneurs ou indépendants – à attirer et trouver :

  • des projets qui nous motivent
  • des postes qui nous épanouissent
  • des clients qui nous intéressent
  • des prestataires qui nous accompagnent
  • des partenaires qui nous aident
  • des managers qui nous donnent envie
  • des équipes qui nous font grandir

 

L’authenticité dans sa communication

D’un point de vue de la communication, osons l’authenticité. Comment ? Voici quelques signes de notre authenticité

  • Des photos de soi qui ne datent pas de 20 ans
  • Des prises de paroles assumées, non consensuelles
  • Des expériences vécues et partagées
  • Des mots qui nous ressemblent
  • Une identité visuelle à notre image
  • Notre propre ligne éditoriale

C’est ce à quoi je sensibilise les clients que j’accompagne. Ecrire son storytelling ne signifie pas « se » raconter des histoires, encore moins mentir à ses prospects en vue de décrocher coûte que coûte une mission.

Le choix des sujets, des mots, des images, des supports, des réseaux seront les bons s’ils sont nourris d’authenticité. Celle-ci fera alliance avec d’autres composantes essentielles de toute communication :

  • les besoins identifiés d’un marché,
  • la connaissance de ses différentes cibles (personae)
  • l’adaptation à un environnement, un écosystème
  • l’étude de la concurrence (benchmarking)
  • les lois du référencement naturel (S.E.O.)

 

Je suis convaincue que sans cette authenticité, il ne saurait exister de relation durable. Les contenus que nous publions devraient avoir pour seule vocation d’instaurer des relations de qualité, nourries, renouvelées, ciblées et engageantes. Pour ce faire, osons la sincérité !

 

Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de cette citation de l’écrivain et journaliste François Cavanna, forcément drôle et décalée :

l'authenticité selon François Cavanna

 

Pour en savoir plus :

Envie de communiquer comme vous êtes ? Prenons rendez-vous !

4 comments

  1. Marie Edery dit :

    BRavo ma chère Anne pour ton talent de rédactrice te tes prises de position !!!

  2. Merci pour votre article très inspirant

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